La renaissance de Lucrèce

ISBN : 978-2-84050-677-5
Date de publication : 01/04/2010
Format : 16x24
Nombre de pages : 256
Informations : H.T. de 4 pages
25,00 €
Disponible

L’épicurisme et son illustration romaine sous la plume poétique de Lucrèce sont des objets d’étude qui connaissent depuis quelques années un regain d’intérêt. Mais si Lucrèce est avant tout étudié pour sa philosophie et pour le rôle imparti à la forme poétique, l’étude de la tradition de son poème reste encore embryonnaire. Dans un tel contexte, ce volume, qui réunit les études de spécialistes de philosophie antique, mais aussi d’historiens des sciences ou de la littérature, s’est donné pour objet d’interroger les conditions de possibilité d’une nouvelle vie pour le De rerum natura au seuil de la modernité.

Les contributions réunies mettent en évidence le caractère décisif du vecteur philologique dans la redistribution de la pensée lucrétienne, les éditeurs se positionnant de manière équivoque en récusant une pensée inconciliable avec le cadre culturel chrétien, tout en soulignant et en explicitant les thèses les plus scandaleuses du matérialisme. Cette « promotion distanciée » de l’épicurisme romain, faite de fascination et d’hostilité, entraîne de nombreux phénomènes insoupçonnés : comment Lucrèce trouve une nouvelle dignité dans des querelles poétiques, voire linguistiques ; comment le christianisme, qui semble le condamner définitivement, peut trouver en son sein aussi bien des concepts qu’une religiosité capables d’être articulés avec la Révélation divine ; combien les facteurs historiques peuvent déterminer l’interprétation et le degré de légitimité de l’anthropologie lucrétienne ; combien la fragmentation du poème en passages fameux peut donner lieu à des hybridations parfaitement inattendues. Parfois retourné contre lui-même, Lucrèce sert aussi à consolider les pensées qui lui sont étrangères, avec lesquelles il aurait pu paraître inconciliable. 

Lucrèce devient ainsi un modèle influent, mais hors de ses propres murs, par dérivation accidentelle, en vertu de la faculté de son texte à proposer des réponses ou des prolongements aux systèmes privilégiés par la pensée de la Renaissance. Transmise le plus souvent au prix de mutilations et de métamorphoses importantes, la renaissance de Lucrèce se prolonge au hasard du clinamen des idées, survivant hors de ses limites pour servir une nouvelle représentation de la Nature, peut-être telle qu’il ne l’a jamais comprise.


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