L'enchanteur désenchanté

Quinault et la naissance de l'opéra français

ISBN : 978-2-84050-660-7
Date de publication : 20/09/2011
Format : 16x24
Nombre de pages : 420
Informations : ill. : 12 p. HT en couleur
Feuilletez ce livre
28,00 €

Philippe Quinault (1635-1688), auteur dramatique à succès (sa tragédie Astrate fut en 1664-1665 l’un des plus grands triomphes sur la scène au XVIIe siècle en France) et librettiste de Lully avec qui il écrivit onze « tragédies en musique » (la forme canonique adoptée par l’opéra français naissant), fut un homme de théâtre complet. Certains documents, jusque-là peu mis en lumière, montrent qu’il fut un spécialiste reconnu de la déclamation mélodique, rythmée et rhétorique employée par les grands acteurs tragiques de l’époque. Mais comment – et pourquoi – Quinault, qui rencontrait le succès sur la scène parisienne, a-t-il pris le risque de suivre une voie nouvelle et incertaine, celle du théâtre lyrique ?

La cohérence de sa carrière dramatique, de l’Hôtel de Bourgogne à l’Académie royale de musique, ne fait pas de doute, sous la double perspective unificatrice d’une volonté continue de collaborer aux grands divertissements pour Louis XIV et d’une fidélité, originale pour l’époque, à une dramaturgie de type néo-tragi-comique. L’intérêt de rapprocher théâtre parlé et opéra chez Quinault se confirme quand on aborde le domaine de la thématique. Dans les deux types de spectacle, il opère une disjonction entre l’héroïsme et la passion amoureuse, celle-ci apparaissant comme un penchant à la fois universel et insidieux, d’une totale ambivalence morale. Contrairement aux clichés tenaces, il existe bien un tragique de l’amour destructeur chez le « tendre » Quinault, dont le libertinage est fondé sur une approche de l’amour plus descriptive que laudative et un hédonisme plus fataliste qu’optimiste.

Ce contraste entre une dramaturgie de l’enchantement et une thématique du désenchantement n’est pas le moindre intérêt d’un dramaturge inclassable, qui sut apporter à la naissance de l’opéra français une contribution tardive, mais décisive.

 

Maître de conférences en littérature française à l’université Lyon-III, Sylvain Cornic consacre ses recherches au théâtre français du XVIIe siècle et aux rapports entre théâtre et musique sous l’Ancien Régime.