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Mondes anglophones

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05/06/2012
14.5X21, 360 p.

ISBN : 978-2-84050-840-7

Nouveauté ! :
Livre papier   22 €

 


La Nouvelle-Angleterre : politique d'une écriture

Cécile Roudeau

Cécile Roudeau

Cécile Roudeau, agrégée d’anglais, est maître de conférences à l’université Sorbonne Nouvelle. Ses recherches portent sur la Nouvelle-Angleterre et la pensée du lieu, et plus largement sur l’articulation possible entre littérature et politique, texte et « contexte ». Auteur d’une traduction inédite, annotée et commentée, de textes de Sarah Orne Jewett  (Le Pays des sapins pointus et autres récits, 2004), elle a collaboré à la traduction et l’annotation de Derniers poèmes de Melville (2010).

Il est des lieux d’Amérique. La Nouvelle-Angleterre en est un, entité géographique, topos littéraire et découpe politique qui s’est longtemps pensée figure de la nation. Des années 1870 au tournant du xxe siècle, cependant, au moment où les régionalismes, de la Russie à la Californie, contestent le monopole d’un « centre », région ou capitale, sur l’expression de la généralité nationale, la Nouvelle-Angleterre peine à trouver sa place. L’excentricité qui se lisait déjà dans ses lettres, des essais d’Emerson aux romances de Hawthorne, est relue à l’aune d’un particularisme menaçant. Devenue « couleur locale » et mauvais genre, elle est assignée à résidence dans la catégorie du pittoresque suranné, et ses lettres bientôt n’ont plus droit de cité dans la République, ni dans la République des lettres.

Pourtant, les récits de Nouvelle-Angleterre ne sont ni des cartes postales envoyées depuis une Amérique gentiment désuète, ni des pamphlets réductibles à leur féminisme rageur. Les esquisses de Sarah Orne Jewett (1849-1909), de Mary E. Wilkins Freeman (1852-1930) et d’autres écrivains encore mal connus en France, sont plutôt une réponse virulente au nouveau « partage du sensible » qui tend à réifier les identités et à ôter au local sa puissance d’agir comme sa force poétique. Voulant se départir de la place qui leur est adjugée, ces textes s’inventent un « lieu » : espace labile, générateur de sens, qui entre en dissonance avec une pensée régie par la compartimentation.

Voir et écrire, de façon « Nouvelle-Angleterre », en cette fin de siècle comme au temps d’Emily Dickinson, ce n’est donc pas tant enraciner le regard ou la plume dans un terroir, que privilégier « certaine clarté oblique », couper au travers des cadastres, et en mettant en crise les définitions, se situer sur la ligne mouvante, frontalière, entre les catégories. Au fil de lectures rapprochées, cette étude propose de parcourir ce « lieu » moins contre-hégémonique qu’anti-idéologique, lieu critique et politique au sens où il remet en œuvre le découpage du monde depuis l’espace du texte.